Montant minimum : un frein ou une protection pour l’investisseur particulier ?

Lorsqu’un investisseur particulier veut acheter ses premières actions, il découvre souvent une contrainte surprenante : certains brokers imposent un montant minimum pour ouvrir une nouvelle ligne en portefeuille. C’est le cas sur des valeurs « classiques », mais aussi lors d’introductions en Bourse comme celle de Puig, le groupe espagnol de cosmétiques.

Derrière cette règle se cachent des enjeux très concrets de coûts de courtage, de rentabilité pour le courtier et… de protection de l’investisseur lui‑même contre les micro-lignes trop coûteuses.

1. Ouvrir une ligne en Bourse : de quoi parle‑t‑on ?

Ouvrir une ligne, c’est acheter pour la première fois un titre donné (action, ETF, etc.) sur un compte-titres ou un PEA, ce qui crée une nouvelle position dans le portefeuille. Une fois la ligne ouverte, l’investisseur peut renforcer ou alléger sa position au fil du temps, toujours via des ordres de Bourse (au marché, à cours limité, etc.).

Sur le plan opérationnel, chaque ligne correspond à un instrument financier distinct, avec des coûts de traitement, de tenue de compte, d’affichage des données, de fiscalité et de reporting réglementaire.

2. Des coûts fixes par ordre que le courtier doit amortir

Un courtier supporte des coûts fixes pour chaque ordre : accès aux marchés, routage, compensation, surveillance anti‑fraude, infrastructure informatique, service client, etc. Ces coûts sont quasiment indépendants du montant de l’ordre : traiter 100 € ou 10 000 € consomme presque les mêmes ressources.

C’est pour cette raison que les grilles tarifaires combinent souvent un pourcentage et une commission minimale par ordre (par exemple « 0,12% avec un minimum de X € »), ou des paliers de type « 0,99 € jusqu’à 500 € puis 1,99 € jusqu’à 1 000 € ». En dessous d’un certain ticket, l’ordre devient peu rentable pour le courtier, voire déficitaire si l’on inclut tous les coûts indirects.

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3. Pourquoi un montant minimum pour ouvrir une ligne ?

Plusieurs brokers vont plus loin et imposent un montant minimum par ordre, ou spécifiquement pour l’ouverture d’une nouvelle ligne. L’idée est double : assurer une rentabilité minimale par ordre et éviter une multiplication de micro-lignes qui génèrent des coûts de suivi disproportionnés.

En pratique, cela peut prendre la forme d’un montant minimum d’ordre à l’achat, par exemple 10 € pour un compte-titres et 80 € pour un PEA, comme on le voit dans certaines conditions tarifaires, ou d’un ticket minimum conseillé pour que les frais de courtage restent raisonnables en pourcentage. Cette logique devient encore plus visible sur les banques traditionnelles, où la commission minimale par ordre peut tourner autour de 10 à 16 €, ce qui rend absurde un achat de seulement quelques dizaines d’euros.

4. Protéger l’investisseur contre les micro-lignes pénalisées par les frais

Du point de vue de l’investisseur, un achat de 100 € avec 5 € de frais aller-retour (2,5 € à l’achat et 2,5 € à la vente) représente déjà 5% de « friction » sur la performance. Sur des ordres à 200 ou 300 €, la facture reste proportionnellement élevée, surtout si le courtier applique un minimum de frais.

Certains courtiers utilisent donc les montants minimaux comme garde‑fou éducatif implicite : sans interdire les petits ordres, ils découragent l’ouverture de dizaines de micro-lignes structurellement plombées par les frais. Cela permet au client de se concentrer sur un nombre plus limité de positions de taille significative, mieux adaptées à une gestion de portefeuille de long terme.

5. IPO, cas PUIG et tailles minimales de souscription

Lors d’une introduction en Bourse comme celle de Puig à Madrid, le prospectus et le syndicat bancaire définissent un prix d’offre par action (24,50 € dans le cas de Puig) et encadrent les ordres des investisseurs via des tailles minimales de demande. En France, les procédures d’introduction (OPO, OPM, etc.) prévoient d’ailleurs que chaque investisseur reçoive une quantité minimale de titres, précisément pour éviter des allocations trop fragmentées.

Les courtiers qui relaient l’opération auprès des particuliers se calquent sur ces règles et, souvent, ajoutent leur propre seuil minimal (en montant ou en nombre d’actions) pour simplifier la gestion des ordres et limiter l’afflux de micro-souscriptions. Concrètement, pour participer à l’IPO Puig via certains intermédiaires, il fallait donc respecter un ticket minimal, à la fois pour des raisons techniques (allocation, règlement‑livraison) et économiques (frais de courtage et coûts de traitement).