Le luxe a connu une année 2025 de transition, avec un net rattrapage boursier par moments mais une performance globale en retrait par rapport aux grands indices actions, dans un contexte de demande plus sélective et de Chine encore hésitante. Les investisseurs ont privilégié les dossiers les mieux armés opérationnellement, comme Hermès ou certains acteurs très premium, tandis que les groupes plus exposés au milieu de gamme ou aux effets de mode ont continué de traîner les pieds.
2025 : une “gueule de bois” après l’âge d’or
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Plusieurs années de croissance à deux chiffres ont laissé place à un environnement plus normalisé, avec une stagnation du marché des biens personnels de luxe en 2024‑2025 avant une reprise attendue seulement en 2026 (+3 à +5% à taux constants selon les estimations sectorielles).
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La consommation en Chine est restée contrastée, pénalisée par la crise immobilière, un chômage des jeunes élevé et une confiance des ménages en dents de scie, ce qui a freiné les achats discrétionnaires les plus visibles.
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Résultat : la thématique luxe, historiquement sur‑performante, fait une pause prolongée, avec un environnement où la sélectivité redevient centrale pour les investisseurs actions.
Performance boursière : le luxe à la traîne des indices
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L’indice Stoxx Europe Luxury 10, baromètre des grandes maisons européennes (LVMH, Hermès, Kering, Richemont, etc.), a affiché une performance modeste sur un an, de l’ordre de ‑3% environ, contre près de +22% pour l’EuroStoxx 50 et près de +30% pour le S&P 500 sur la même période.
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Ce décrochage est atypique au regard des cinq dernières années, où le même indice luxe a tout de même généré un rendement global d’environ 110%, supérieur à l’EuroStoxx 50 (+76,4%) et proche du S&P 500 (+102,1%), ce qui montre que 2025 ressemble davantage à un contre‑temps qu’à un changement de régime définitif.
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En intra‑année, le secteur a néanmoins connu des rebonds violents, avec par exemple des séances où la publication de Richemont ou LVMH a fait flamber l’ensemble du compartiment, le Stoxx Europe Luxury 10 gagnant plus de 6% sur une seule journée d’octobre.
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LVMH, Hermès, Kering, Richemont : des trajectoires contrastées
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LVMH reste la première capitalisation européenne dans le luxe, mais a dû encaisser une baisse marquée de son résultat net au premier semestre 2025 (‑22%), avant de surprendre positivement au troisième trimestre avec un léger retour à la croissance organique (+1%), ce qui a déclenché un rebond d’environ 12% du titre en une séance.

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Hermès continue de se distinguer par sa résilience et son positionnement ultra‑premium, ce qui lui a permis de surnager en Bourse lors des phases de stress, mais au prix de multiples de valorisation extrêmement exigeants (plus de 50 fois les profits attendus 2025 selon certains analystes).
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Kering, après un véritable krach boursier lié au déclin de Gucci et aux doutes sur la stratégie, a connu un spectaculaire rebond en 2025, avec un cours plus que doublé depuis ses plus bas d’avril, porté par les anticipations de redressement opérationnel et de rotation des portefeuilles vers les valeurs massacrées.
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Richemont a joué un rôle de catalyseur à plusieurs reprises : des ventes nettement au‑dessus des attentes dans la joaillerie (Cartier, Van Cleef & Arpels) et une croissance à deux chiffres en Amérique ont déclenché des hausses synchronisées des grands noms du luxe à Paris.
Chine, États‑Unis, Europe : les moteurs géographiques
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La Chine reste un enjeu central mais plus volatil : les données macro restent fragiles et la base élargie de consommateurs premium se montre plus sélective, ce qui pousse les maisons à investir davantage dans le marketing local et le retail domestique plutôt qu’à compter uniquement sur le tourisme.
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Les États‑Unis se révèlent un pilier important pour les groupes bien exposés, certains analystes anticipant pour 2025 une croissance plus solide dans cette région pour LVMH que pour ses pairs, ce qui a soutenu les recommandations d’achat sur le titre.
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En Europe, la normalisation post‑pandémie et la fin de l’euphorie sur les valeurs de croissance ont conduit à une rotation sectorielle vers les banques, l’énergie ou l’industrie, laissant le luxe sous‑performer mécaniquement malgré des fondamentaux toujours solides sur le long terme.
Qu’est‑ce que cela signifie pour l’investisseur en 2026 ?
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Le consensus sectoriel anticipe une reprise progressive du marché des biens personnels de luxe en 2026, avec une croissance attendue autour de +3 à +5%, portée par un reset des prix, davantage de créativité et une Chine en amélioration technique plutôt qu’en boom spectaculaire.
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La phase 2024‑2025 ressemble à un “reset” du secteur : multiples de valorisation qui se détendent, dispersion accrue entre gagnants et perdants, et retour en grâce des dossiers capables de démontrer rapidement un effet pricing et une maîtrise de la distribution.
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Pour un investisseur actions, 2025 aura surtout rappelé une règle simple : le luxe n’est pas une classe d’actifs sans risque, mais une thématique cyclique haut de gamme, où l’entrée au bon prix sur les bons acteurs compte autant que la qualité intrinsèque des marques.