Quelles actions détient réellement le président des États-Unis ? À chaque nouvelle publication de ses formulaires d’éthique, le portefeuille boursier de Donald Trump alimente les spéculations. Entre les chiffres fantaisistes qui circulent sur les réseaux et la réalité des documents officiels, l’écart est souvent considérable. Voici ce que disent vraiment les dernières divulgations.
Une lecture en fourchettes, pas en pourcentages
Première précision essentielle, et elle change tout pour qui veut analyser ce portefeuille sérieusement : les déclarations d’éthique ne publient jamais d’allocation en pourcentage. Les transactions sont rapportées en larges fourchettes de valeur (par exemple « 1 à 5 millions de dollars »), au-dessus d’un seuil de 1 000 dollars, sans prix d’achat précis, sans plus-value réalisée, et sans toujours indiquer s’il s’agit d’une action ou d’une obligation.
Au moins 220 millions de dollars de transactions début 2026
Les deux formulaires publiés à la mi-mai 2026 par l’Office of Government Ethics couvrent le premier trimestre de l’année. Ils font état d’un volume cumulé de transactions estimé entre 220 et 750 millions de dollars dans les titres de grandes entreprises américaines.
Côté achats, on retrouve des valeurs comme Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Broadcom, Bank of America et Goldman Sachs, ainsi que des obligations municipales. Parmi les acquisitions les plus importantes, comprises chacune entre 1 et 5 millions de dollars, figuraient un fonds indiciel S&P 500, Nvidia et Apple. À l’inverse, de grosses ventes comprises entre 5 et 25 millions de dollars ont porté sur Microsoft, Amazon et Meta.

Un net virage vers l’intelligence artificielle
La tendance de fond la plus nette de ces divulgations est l’exposition croissante aux valeurs liées à l’intelligence artificielle. Sur le premier trimestre 2026, le portefeuille a établi de nouvelles positions de plusieurs millions de dollars dans les leaders des semi-conducteurs et du logiciel : Nvidia, Broadcom, mais aussi Synopsys, ainsi que des entrées notables dans Apple et dans des éditeurs comme Oracle, ServiceNow, Adobe et Workday. Une entrée significative dans Dell Technologies a également été enregistrée.
Ce positionnement épouse l’engouement de Wall Street pour l’IA, le secteur qui a tiré l’essentiel des gains du marché ces derniers trimestres.
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Un portefeuille bien plus large que les « Magnificent Seven »
Au-delà des stars de la tech, la stratégie déclarée s’étend à des centaines de titres individuels. On y trouve une part importante de valeurs de rendement et de noms défensifs bien connus : Coca-Cola, Johnson & Johnson, Procter & Gamble, mais aussi des financières comme JPMorgan Chase ou Berkshire Hathaway, des pétrolières comme Exxon Mobil et Chevron, et des industrielles comme Caterpillar ou Lockheed Martin.
Le portefeuille apparaît donc nettement plus diversifié — et plus classique — que ne le suggèrent les listes resserrées aux seules méga-capitalisations technologiques.
La question centrale : qui gère, et les conflits d’intérêts
Un point important pour interpréter ces données : les actifs sont logés dans une fiducie contrôlée par ses enfants, et plusieurs transactions indiquent qu’un courtier agit comme agent. Selon la communication de la Trump Organization, les comptes sont gérés par des institutions financières tierces indépendantes, sans direction du président sur les décisions d’investissement — une structure légale au regard des règles d’éthique en vigueur.
Cela n’éteint pas le débat. Des critiques pointent régulièrement le risque de conflit d’intérêts entre ces participations et les décisions politiques touchant directement les entreprises concernées (fiscalité, tarifs douaniers, régulation du secteur des semi-conducteurs). C’est un angle de lecture à garder à l’esprit, sans pour autant le présenter comme un fait établi : les divulgations elles-mêmes ne tranchent pas cette question.
Ce qu’il faut retenir
Le portefeuille boursier déclaré de Donald Trump se caractérise par un fort biais en faveur des valeurs de l’IA et de la tech (Nvidia, Apple, Broadcom, logiciels), adossé à un socle large de valeurs de rendement et de financières. Les chiffres exacts en pourcentage n’existent pas dans les sources officielles : seules des fourchettes de transactions sont publiques. Et la gestion via une fiducie tierce, si elle est conforme aux règles, continue de nourrir le débat sur les conflits d’intérêts.