Le premier semestre 2026 s’est achevé sur une performance modeste pour la place de Paris : +3,12% pour le CAC 40 et +2,97% pour le SBF 120 (au 30 juin 2026), loin des +10,1% du S&P 500 sur une période comparable. Mais cette moyenne masque des écarts de 450 points de pourcentage entre la meilleure et la pire valeur du SBF 120. Derrière un indice atone, une rotation sectorielle nette s’est opérée. Précision de méthode : Euronext ne publie pas de sous-indices sectoriels aussi standardisés que les onze secteurs du S&P 500 ; le classement qui suit est établi à partir du palmarès des valeurs du SBF 120 arrêté au 30 juin 2026.
1. Les semi-conducteurs, très loin devant
Le secteur domine le semestre sans contestation possible : Soitec (+405,8%) et STMicroelectronics (+187,4%) signent les deux plus fortes hausses du SBF 120, à distance considérable du troisième du classement. STMicroelectronics, de son côté, a relevé ses prévisions de chiffre d’affaires liées à l’IA pour 2026 et 2027, grâce à ses composants de connectivité optique, de conversion de puissance et d’infrastructure thermique destinés aux centres de données.
Le moteur est identique à celui observé à Wall Street : l’intelligence artificielle. Le marché a compris en 2026 que la chaîne de valeur des semi-conducteurs, dont dépend la croissance de l’IA, comporte de nombreuses dépendances critiques qui passent encore par l’Europe.
La valeur : Soitec (SOI).

Cotée à Paris depuis 1999, la société iséroise signe la plus forte hausse du SBF 120 avec +405,8% sur le semestre. Le retournement est spectaculaire : en 2025, le titre avait chuté de 73,4% après une série d’avertissements sur résultats qui avait coûté son poste au directeur général. En 2026, le marché a redécouvert la valeur de son avancée dans les substrats photoniques, briques clés des connexions optiques des centres de données — certains investisseurs anticipent désormais un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros dans la photonique à l’horizon de l’exercice clos en mars 2030, contre une centaine de millions sur l’exercice clos en mars 2026. Nous avions consacré une analyse détaillée à Soitec lors d’un live il y a plus d’un an, avant ce retournement : revoir notre analyse de Soitec en vidéo. Après un quintuplement du cours en six mois, la question de la valorisation se pose naturellement — les attentes du marché ont monté aussi vite que le titre.
2. Les équipements électriques et matériaux avancés : +74,7% pour le leader
Troisième plus forte hausse du SBF 120, Mersen (+74,7%) illustre la déclinaison française de la thèse « électrification des data centers » qui porte l’industrie américaine.
La valeur : Mersen (MRN).
L’ex-Carbone Lorraine, coté à Paris depuis des décennies, est un spécialiste des matériaux avancés et des équipements électriques. Sa division Electrical Power a progressé de 8,7% au premier trimestre 2026, tirée par l’activité de distribution électrique, elle-même portée par les centres de données. Ce parcours boursier lui a valu de réintégrer le SBF 120 à la mi-juin.
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3. Le pétrole et le parapétrolier : l’effet Ormuz
Le bond des cours du brut entre mars et juin — un pic à 118 dollars le baril fin mars, dans le contexte du conflit autour du détroit d’Ormuz — a profité aux valeurs pétrolières de la cote parisienne : Maurel et Prom gagne 40,99% et Vallourec 27,59% sur le semestre.
La valeur : Maurel et Prom (MAU).
Coté à Paris depuis plus d’un siècle sous différentes formes (la société remonte à 1831), le producteur indépendant, présent notamment au Gabon et en Tanzanie, offre une exposition directe au prix du baril, avec un rendement du dividende d’environ 3%. Le titre affiche +40,99% sur le semestre et +81,6% sur un an. Attention toutefois : le brut a fortement reflué depuis son pic de mars, ce qui rend la performance du second semestre dépendante de l’évolution du conflit.
4. La défense et le spatial : le réarmement européen se poursuit
Après avoir dominé la cote en 2025 (Thales +66%, Safran +41% sur l’année écoulée), la thématique du réarmement européen continue de porter les valeurs de défense, avec des dépenses militaires françaises de 57 milliards d’euros en 2026, 108 milliards pour l’Allemagne, et un plan ReArm Europe visant 800 milliards d’euros d’ici 2030.
La valeur : Exail Technologies (EXA).
L’ex-Groupe Gorgé (coté depuis 1998) gagne 47,36% sur le semestre, après +370% en 2025. Le spécialiste du drone marin de déminage a engrangé de nombreuses commandes, et Safran a confirmé fin juin l’avoir approché en vue d’une potentielle offre publique d’achat valorisant l’entreprise 2,2 milliards d’euros. À noter également dans cette thématique élargie : Eutelsat (+46,2%), porté par le regain d’intérêt pour les valeurs spatiales en amont de l’introduction en Bourse de SpaceX.
5. Les biotechnologies : des paris cliniques récompensés
Segment le plus spéculatif de ce classement, les biotechs françaises ont signé plusieurs parcours à trois chiffres sur un an.
La valeur : Nanobiotix (NANO).
Cotée à Paris depuis 2012, la société — qui utilise les propriétés physiques des nanoparticules pour améliorer l’efficacité des radiothérapies — gagne 64,6% sur le semestre. Le catalyseur : les autorités de santé américaines ont allégé le protocole de son essai de phase III en oncologie (carcinome épidermoïde de la tête et du cou), dont les résultats sont désormais attendus au premier semestre 2027. La société a par ailleurs étendu sa visibilité financière jusqu’en 2029 via une augmentation de capital. Le profil de risque reste binaire, comme pour toute biotech en phase d’essai pivot.
Ce que ce classement nous dit
Trois enseignements. D’abord, le fil conducteur est le même qu’à Wall Street — IA, électrification, énergie —, mais il s’exprime à Paris via des valeurs moyennes (Soitec, Mersen, Exail) plutôt que par les poids lourds de l’indice. Ensuite, ce sont précisément ces poids lourds qui ont bridé la performance d’ensemble : Stellantis (-47%), Alstom (-38,9%) et le luxe — LVMH signant son pire début d’année en Bourse — expliquent l’écart de 7 points entre le CAC 40 (+3,1%) et le S&P 500 (+10,1%). Enfin, les amplitudes de ce palmarès (+405,8% pour la première hausse, -47% pour la première baisse) rappellent que la sélection de valeurs a compté davantage en 2026 que l’exposition à l’indice : un semestre de stock-pickers plus que d’indiciels.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les informations publiées sur hiboo.expert ne constituent ni un conseil en investissement personnalisé, ni une incitation à acheter ou vendre des instruments financiers. Tout investissement en actions comporte un risque de perte en capital. Données arrêtées au 30 juin 2026 sauf mention contraire ; sources : BFM Bourse (palmarès SBF 120 du 5 juillet 2026), Euronext, publications des sociétés citées.



