ROCE et ROE : mesurer la rentabilité d’une entreprise

Le ROCE mesure ce que rapporte l’ensemble des capitaux investis dans une entreprise (fonds propres et dette nette), alors que le ROE mesure ce que rapporte le seul capital des actionnaires. Deux sociétés peuvent afficher le même ROCE et des ROE très différents : l’écart vient presque toujours de la dette. Lire les deux ratios ensemble permet de distinguer une entreprise réellement rentable d’une entreprise dont la rentabilité est amplifiée par l’endettement.

Qu’est-ce que le ROCE ?

Le ROCE (return on capital employed, en français rentabilité des capitaux employés) rapporte le résultat d’exploitation aux capitaux mobilisés pour faire tourner l’activité.

ROCE = résultat d’exploitation (EBIT) / capitaux employés

Les capitaux employés correspondent aux capitaux propres plus la dette financière nette. On les lit au bilan, ce qui prolonge l’analyse de l’article sur le bilan de BMW. Certains analystes retiennent un résultat d’exploitation après impôt (on parle alors de ROIC) ; l’important est de rester cohérent d’une entreprise à l’autre.

Pourquoi le ROCE est-il un ratio de qualité ?

Il est calculé avant frais financiers : il ne dépend donc pas de la façon dont l’entreprise se finance. Il répond à une seule question : le métier de la société crée-t-il de la valeur avec les capitaux qu’on lui confie ? Un ROCE durablement supérieur au coût de la dette (souvent 4% à 6%) et au coût du capital signale une activité qui dégage plus qu’elle ne coûte.

Qu’est-ce que le ROE ?

Le ROE (return on equity, en français rentabilité des fonds propres ou rentabilité financière) rapporte le résultat net aux capitaux propres.

ROE = résultat net / capitaux propres

C’est le rendement que l’entreprise obtient sur l’argent des actionnaires. Il intègre la dette, les frais financiers et l’impôt. C’est donc un ratio qui parle directement à l’investisseur en actions, mais qui se laisse aussi influencer par la structure financière.

Quelle différence entre ROE et ROCE ?

Le ROCE juge l’activité, le ROE juge le rendement pour l’actionnaire après financement. Un exemple chiffré, volontairement simplifié (chiffres illustratifs, pas des données d’entreprises réelles), le montre.

  • L’entreprise A et l’entreprise B ont le même résultat d’exploitation : 200 M€.
  • L’entreprise B n’a pas de dette : capitaux propres de 1 500 M€, capitaux employés de 1 500 M€.
  • L’entreprise A a 700 M€ de dette nette et 800 M€ de capitaux propres : capitaux employés de 1 500 M€ également.
  • Charges d’intérêts de A : 40 M€ (soit un coût de la dette de 5,7%). Impôt : 25%.

Résultat net de B : 200 x (1 – 25%) = 150 M€. Résultat net de A : (200 – 40) x (1 – 25%) = 120 M€.

  • ROCE de A et de B : 200 / 1 500 = 13,3%.
  • ROE de B : 150 / 1 500 = 10,0%.
  • ROE de A : 120 / 800 = 15,0%.

L’activité est identique, mais le ROE de A est supérieur de 5 points. Ce n’est pas un meilleur métier, c’est l’effet de levier : A emprunte à 5,7% pour investir à 13,3%, et l’écart revient aux actionnaires.

Un ROE élevé est-il toujours une bonne nouvelle ?

Non. Le levier fonctionne dans les deux sens. Si la rentabilité de l’activité passe sous le coût de la dette, l’endettement détruit de la valeur et le ROE s’effondre plus vite que le ROCE. Dans l’exemple ci-dessus, si le résultat d’exploitation de A tombe de 200 M€ à 80 M€, le ROCE passe à 5,3% (80 / 1 500) et le résultat net à 30 M€ ((80 – 40) x 75%), soit un ROE de 3,8% (30 / 800), alors que B, sans dette, conserve un ROE de 4,0% (60 / 1 500).

Deux pièges supplémentaires faussent le ROE :

  • Des capitaux propres réduits par des rachats d’actions ou des pertes passées gonflent mécaniquement le ratio.
  • Un résultat net exceptionnel (cession d’actifs, reprise de provision) ne se répète pas.

Quels niveaux de ROCE et de ROE considérer comme bons ?

Il n’existe pas de seuil universel : les secteurs intensifs en capital (industrie lourde, énergie, automobile) affichent structurellement des ROCE plus bas que les secteurs légers (logiciels, luxe, services). Quelques repères de lecture :

  • Comparer le ROCE au coût de la dette et au coût du capital de l’entreprise.
  • Comparer l’entreprise à ses concurrents directs, jamais à un autre secteur.
  • Regarder l’évolution sur 5 à 10 ans plutôt qu’une seule année.
  • Vérifier que le ROCE progresse ou reste stable quand l’entreprise investit davantage.

Un ROCE élevé et stable est souvent le signe d’un avantage concurrentiel (marque, brevets, position dominante). C’est aussi pour cela que le marché paie ces sociétés plus cher : un ROCE élevé se retrouve généralement dans un PER plus élevé.

Comment utiliser ROCE et ROE dans une analyse de valeur ?

Étape 1 : partir du ROCE

Il établit la qualité de l’activité, indépendamment du financement. C’est l’un des ratios déjà retenus dans nos 5 ratios financiers préférés.

Étape 2 : comparer avec le ROE

Un ROE très supérieur au ROCE indique un recours important à la dette ; il faut alors regarder le ratio dette nette / EBITDA. Un ROE proche du ROCE indique un bilan peu endetté.

Étape 3 : confirmer avec la trésorerie

Un bon rendement comptable doit se traduire en cash. Le free cash flow permet de vérifier que la rentabilité affichée n’est pas seulement comptable.

Étape 4 : replacer dans le prix

Une entreprise très rentable peut être trop chère, et une entreprise moyenne bien payée peut décevoir. Le ratio de rentabilité éclaire la qualité, pas le prix : c’est la logique des approches décrites dans la stratégie Value.

Pour aller plus loin : se former à la lecture des ratios

Comprendre un ratio ne suffit pas, il faut savoir l’intégrer dans une méthode : quels ratios regarder en premier, comment les comparer au sein d’un secteur, comment les confronter au prix et à la trésorerie. C’est l’objet de la formation hiboo, qui détaille pas à pas la lecture d’une entreprise, du bilan aux ratios de rentabilité comme le ROCE et le ROE. Découvrir la formation hiboo en cliquant ici. 

Les points clés à retenir

  • Le ROCE mesure la rentabilité de l’activité, avant financement.
  • Le ROE mesure la rentabilité pour l’actionnaire, après dette et impôt.
  • À ROCE égal, plus de dette donne un ROE plus élevé, mais aussi plus de risque.
  • La comparaison n’a de sens qu’au sein d’un même secteur et sur plusieurs années.
  • Aucun ratio ne remplace la lecture du prix et de la trésorerie.

Calculer ces ratios sur toutes les valeurs : l’apport du Screener hiboo

Calculer le ROCE et le ROE à la main, valeur par valeur, demande du temps. Le Screener de hiboo permet de comparer les entreprises sur des critères de qualité et de valorisation, puis de retrouver sur les fiches valeurs les éléments utiles à l’analyse. Il s’agit d’un outil d’information, qui ne constitue pas un conseil en investissement.

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FAQ

Quelle est la différence entre ROE et ROCE ?

Le ROCE rapporte le résultat d’exploitation à l’ensemble des capitaux employés (fonds propres et dette nette) ; le ROE rapporte le résultat net aux seuls capitaux propres. Le ROE dépend donc de l’endettement, pas le ROCE.

Un ROE de 15% est-il bon ?

Cela dépend du secteur, de l’endettement et de la durée. Un ROE de 15% obtenu avec peu de dette et stable sur 10 ans est plus solide que le même chiffre obtenu grâce à un fort levier ou à un résultat exceptionnel.

Le ROCE peut-il être négatif ?

Oui, quand le résultat d’exploitation est négatif. Un ROCE négatif durable signifie que l’activité consomme du capital au lieu d’en créer.

Sources

  • Définitions et formules : glossaires financiers grand public (Journal du Net, Qonto, Hectelion) consultés le 02/11/2026, pour les formules usuelles du ROCE et du ROE.
  • Archive hiboo.expert (« Bien débuter en bourse », pages 1 à 8) pour le contrôle des doublons et les URL de maillage.
  • À signaler : tous les chiffres de l’exemple (entreprises A et B) sont illustratifs et calculés pour l’article, à présenter comme tels. Les repères de coût de la dette (4% à 6%) sont des ordres de grandeur non sourcés, à confirmer ou supprimer. Aucune donnée de société réelle n’est citée.